Toujours dans notre série d’articles dédiés à la photographie, à la suite de l‘explication du fonctionnement d’un Reflex, je vous propose d’aller plus loin et d’apprendre à lire les hiéroglyphes qui parsèment un objectif d’appareil photo. L’idée est de vous permettre ainsi de comprendre rapidement les avantages et inconvénients d’un modèle juste en lisant quelques valeurs clés.

Avertissement : mon expérience personnelle étant principalement sur la marque Nikon, j’éviterai d’expliquer pour d’autres fabricants afin éviter de dire n’importe quoi à leur sujet. 😉

Autre élément préalable : la gamme d’objectifs pour Hybride de Nikon utilise quelques autres annotations que je ne connais pas. Donc cet article parlera principalement des objectifs Reflex.

La lecture des caractéristiques d’un objectif photo peut être fastidieuse et difficile à interpréter pour un néophyte. Cet article se découpera selon ce que vous apprendrez en lisant la référence d’un modèle.

Nous allons prendre comme exemple mon téléobjectif. L’image suivante vous renvoie vers le chapitre dédié dans cet article.

objectif

Objectif Nikon 70-300mm, photo personnelle avec un skill GIMP d’enfer

  1. Format du capteur

  2. Stabilisation

  3. Mode de mise au point

  4. La focale

  5. L’ouverture

  6. Type de lentille

Quel objectif pour quel boîtier (1)

La première chose à savoir est, évidemment, si l’objectif est adapté au boîtier ! Dans le cas de mon exemple, il s’agit de la valeur DX qui correspond à un capteur de type APS-C. J’en avais brièvement parlé dans le premier article, mais il existe plusieurs tailles de capteurs dans la photographie numérique.

capteurs

Appareil photographique reflex numérique — Wikipédia, domaine public

Un capteur plein format (“Full Frame”) est hérité de la taille du cadre d’un appareil argentique et fait office de valeur étalon. Un capteur APS-C est légèrement plus petit qu’un plein format, cela signifie qu’il possède une surface plus faible qu’un plein format et donc un champ de vision moins élevé.

En pratique, il est parfaitement possible d’installer un objectif pour plein format sur un capteur APS-C (ou DX). Le capteur ne pourra enregistrer que la surface qu’il verra et donc l’image sera tronquée par rapport à celle transmise par l’objectif.

L’inverse, bien que possible, donne un résultat moins bon. Un capteur plein format ayant un plus grand champ de vision, l’image sera entourée par le bord de l’objectif car celui-ci n’est pas capable de couvrir toute la surface du capteur plein format.

Un objectif indiquant DX sera forcément adapté pour un capteur APS-C. Si l’objectif n’indique rien, c’est qu’il est fait pour un capteur plein format. La référence chez Nikon est FX, mais elle n’est pas indiquée.

Exemples :

  • AF-S NIKKOR 70-200mm f/2.8E FL ED VR : plein format

  • AF-P DX NIKKOR 70-300mm f/4.5-6.3G ED : format DX

La focale (4)

Je vous invite à relire le passage dédié à la focale sur l’article d’explication du fonctionnement d’un Reflex. Cette valeur exprimée en millimètres correspond à la variation de focale dont l’objectif est capable, du minimum au maximum. Dans l’exemple de mon téléobjectif, il a une focale minimale de 70mm et maximale de 300.

Si la valeur est exprimée avec un seul chiffre (ex : 35mm), c’est un objectif à focale fixe, cela signifie qu’il aura toujours le même champ de vision et ne pourra pas faire de “zoom”.

Comme indiqué dans le précédent article, il existe différents types d’objectifs spécialisés et d’autres polyvalents. A savoir qu’en général, un polyvalent à focale très large (comme le 18-250mm que j’avais essayé) sera moyen en tout et n’excellera dans aucun domaine. Ce genre d’objectif passe-partout à son intérêt si vous n’avez pas une forte exigence dans la qualité du cliché (netteté, couleurs, lumière) et que vous voulez éviter de changer d’objectif à tout va.

Voici une plage communément admise pour les besoins :

  • 35mm et moins, on parle de grand angle. Le champ de vision est très large et capture une image petite mais couvrant une vaste superficie.

  • Entre 40 et 55 millimètres, on parle de focale “normale”. C’est à dire que le champ de vision est similaire à celui de l’oeil humain.

  • A partir de 100 millimètres et plus, on parle de “téléobjectif”. Ce sont des focales longues qui réduisent le champ de vision de l’appareil et produisent une image plus grande permettant un point de vue éloignée.

L’ouverture maximale (5)

L’ouverture est la quantité de lumière que l’objectif est capable de laisser passer. Plus le chiffre est petit, plus il laisse passer de lumière et inversement. Pour l’exemple de mon téléobjectif, il possède deux valeurs : 1:4.5-6.3G

Dans le cas de Nikon, cela indique qu’il a deux ouvertures maximales possibles en relation avec la focale. A 70mm, l’objectif ouvre à f/4.5 maximum. A 300mm, l’objectif ouvre à f/6.3 au maximum.

Avec cette règle, vous comprendrez que plus vous zoomez, moins l’objectif sera lumineux et donc plus il sera difficile d’avoir un temps d’exposition court.

A noter que tous les objectifs à focale variable ne subissent pas forcément une perte de luminosité lorsque déployés au maximum. En effet, le modèle suivant possède une ouverture maximale constante peu importe la focale : AF-S NIKKOR 70-200mm f/2.8E FL ED VR (et si vous avez bien suivi, vous noterez que c’est un objectif plein format). Que ce soit à 70 ou à 200mm, il ouvrira toujours au maximum à f/2.8.

Evidemment, pour bénéficier de ces caractéristiques, il faut se tourner vers les objectifs plus haut de gamme.

La stabilisation optique (2)

Lorsqu’on prend une photo sans utiliser de trépied pour stabiliser l’appareil, on prend le risque de voir apparaître un flou de bouger si le temps d’exposition est trop long. La stabilisation optique est là pour aider à réduire la casse (mais elle ne fait pas de miracles) et offre un soutien aux photos à main levée.

Lorsque vous voyez l’instruction VR sur un objectif Nikon, cela signifie qu’il est stabilisé.

Techniquement, l’objectif possède des moteurs et un capteur de mouvements permettant de déplacer en permanence une lentille dans le sens inverse des mouvements du photographe. Ce mécanisme s’active lorsque le déclencheur est à mi-parcours. Cela donne l’illusion de “figer” le cadre dans le viseur.

Evidemment, il est totalement inefficace pour un temps de pose trop long qui requiert l’utilisation d’un trépied.

Un objectif n’affichant pas la mention VR ne possédera pas de stabilisation optique. Mon téléobjectif utilisé en exemple de cette article possède une version moins chère dépourvue de stabilisation. Autant dire qu’avec sa faible luminosité à pleine ouverture, l’absence de stabilisation le rend très difficile à utiliser dans ces conditions.

Certaines marques comme Sony ou Pentax possèdent une stabilisation mécanique. Au lieu d’avoir l’optique qui stabilise, c’est le capteur du boîtier qui bouge pour compenser le mouvement. Avantage : tous les objectifs sont nativement stabilisés pour ces marques.

Mode de mise au point (3)

Cette caractéristique concerne la technologie qu’utilise l’objectif pour faire sa mise au point. L’autofocus est un élément important à ne surtout pas négliger car selon les cas d’usage, il sera indispensable qu’il soit rapide et/ou silencieux. C’est le cas de la photo animalière par exemple.

Chez Nikon, vous trouverez deux sigles : AF-S et AF-P.

AF-S : Un objectif ayant cette désignation possède en interne la motorisation (ultrasonic silent wave motor) nécessaire pour faire la mise au point. C’est ce qu’il y avait de commun avant le second mode.

AF-P : Ces objectifs arrivés en 2016 embarquent des moteurs pas à pas (steppers) qui fonctionnent à impulsion (Pulse, d’où le P) et offrent donc une plus grande rapidité tout en étant silencieux. Egalement, un objectif AF-P peut être à la fois piloté par un bouton physique présent sur le corps de l’objectif, mais aussi directement par le logiciel de l’appareil photo.

Il faut savoir que ce changement de motorisation a entraîné un souci de compatibilité entre les boîtiers et objectifs. Un boîtier récent sera parfaitement compatible AF-P et rétrocompatible AF-S. Un boîtier plus ancien pourra être compatible AF-P soit sans soucis, ou pourra soit nécessiter une mise à jour du firmware (avec quelques fonctions dégradées comme la stabilisation indisponible), ou bien ne pas du tout compatible. Sur ce point, il convient de lire attentivement la liste des boîtiers compatibles avec l’objectif désiré. Je ne saurais trop vous conseiller de poser la question au support Nikon en cas de doute, c’est ce que j’ai fait à l’époque où j’avais mon D3100. Le verdict était simple : il n’est compatible avec aucun AF-P.

Les deux photos d’objectifs de cet article présentent chacune un objectif différent. Le premier en image d’illustration est un AF-S, le téléobjectif utilisé en exemple est un AF-P.

Pour comprendre la différence de bruit, voici un exemple en vidéo.

Autofocus AF-S : Le moteur est légèrement plus bruyant. La mise au point est également un peu plus fluide et progressive.

Autofocus AF-P : l’autofocus est beaucoup plus silencieux et on constate que le moteur pas à pas atteint plus rapidement la mise au point. Même si l’exemple est légèrement biaisé par le fait que l’objectif AF-S ci-dessus est plus lumineux que l’AF-P utilisé.

Le type de lentille (6)

La dernière caractéristique que nous allons voir et le type de lentille, symbolisé par ED dans l’exemple de mon téléobjectif. ED signifie Extra Low Dispersion et correspond à la techno de Nikon pour limiter les aberrations chromatiques. L’aberration chromatique est un contour coloré (rose, violet, vert, jaune, bleu ou rouge) autour d’un objet lorsque celui-ci est exposé à une forte lumière, typiquement celle du soleil.

aberration

Dans cet exemple, mon objectif 18-55mm n’a pas de lentilles conçues pour limiter l’apparition d’aberrations chromatiques, ce sont les taches bleues qu’on peut voir autour des feuilles. Si l’objectif n’a pas “ED” indiqué sur sa référence, cela signifie qu’il est dépourvu de lentilles à correction de dispertion.

D’autres sigles

N’étant pas un photographe professionnel, je n’ai pas de matériel visant ce public (dont le prix est au minimum sur 4 chiffres 😬) et donc j’ai passé en revue les caractéristiques qu’on verra pour des modèles s’adressant aux amateurs et passionnés. D’ailleurs, les objectifs haut de gamme sont reconnaissables aisément à l’anneau doré situé à l’avant. Exemple :

objo

Objectif AF-S NIKKOR 28mm f/1.4E ED - Photo © Nikon

Si cet article a réussi son objectif (sans mauvais jeu de mot), vous noterez donc qu’il s’agit d’une focale fixe avec une très belle ouverture et traité pour réduire les aberrations chromatiques.

Voici quelques autres caractéristiques présentes sur des modèles plus haut de gamme :

  • FC : Objectif avec un traitement au fluor visant à le protéger de la poussière, des gouttelettes d’eau, graisse et autre saleté.

  • SR : Lentille à dispersion élevée complémentaire aux lentilles ED pour réduire encore plus les aberrations chromatiques.

  • PF : Lentille de Fresnel, une autre technologie de dispersion pour réduire les aberrations chromatiques.

  • IF : Mise au point interne, l’objectif ne change pas de taille lors de la mise au point, ce sont les lentilles à l’intérieur qui bougent.

  • N : Traitement nanocristal visant à réduire les reflets (effet “lens flare”, etc) lors d’une photo prise en plein soleil.

Au besoin, vous pouvez consulter le glossaire des objectifs disponible sur le site du fabricant.

Nous avons fait le tour des informations qui me paraissent les plus importantes pour savoir évaluer l’utilité et l’intérêt d’un objectif d’appareil photo Reflex. A nouveau, si cet article ne parle que de Nikon, c’est parce que c’est avec cette marque que j’ai le plus d’expérience.