Linux Laptop PINEBOOK Pro 14"

Le Pinebook Pro est un ordinateur portable de type netbook fabriqué par Pine64, une plateforme communautaire développant des appareils exploitant des SoC ARM64. Il est installé de base avec la distribution Linux Manjaro basée sur Arch Linux, mais plusieurs autres images d’installation supportées officiellement par la communauté sont disponibles.

Attiré par la curiosité d’un portable natif Linux (ce qui n’est pas banal encore, il faut l’admettre) j’ai sauté le pas et l’ai reçu dernièrement. Je vous propose une petite présentation de ce modèle.

pinebookpro

Si jamais cela vous tente, sachez que Pine64 n’est pas parfait. Le matériel est fabriqué en Chine (je ne sous entends ici aucune considération politique) donc la logistique liée à l’éloignement peut être un peu compliquée et coûteuse. Ils travaillent par vagues de ventes et gèrent assez mal leurs stocks, si bien que le modèle que j’avais demandé avec clavier ISO UK a finalement du être remplacé par un ANSI US. Les vagues d’envois sont communiqués sur leur forum mais on reste dans le flou jusqu’à ce qu’on reçoive enfin la confirmation d’envoi. Les expéditions sont faites par DHL Express, et comme c’est de l’import, il convient de provisionner de quoi payer les frais de dédouanement.

En tout, ma facture a été la suivante :

  • Pinebook Pro 14" : $199.99
  • Frais d’envoi : $39.00
  • Total : $238.99 (soit 214.97€ à ce moment-là)
  • Frais de dédouanement / TVA / autres de DHL : 64.50€

Soit en tout 279.47€.

Bien que leur logistique soit perfectible, ils communiquent plutôt bien et j’ai été contacté deux fois pour confirmer le changement de modèle, donc le suivi reste correct.

Déballage

Lorsque j’ai récupéré le colis, j’ai eu une première inquiétude car j’entendais un truc se balader dedans… Après ouverture j’ai rapidement été rassuré. Sous le plastique DHL, la boîte contenant le portable est rangée dans une grosse enveloppe bulle et le chargeur se trouve dedans, libre. C’est lui qui se promenait. Pas déballé comme sur la photo non plus, il avait son petit étui en carton et le câble attaché.

carton

C’est même le cartonception car en l’ouvrant, on tombe sur exactement le même emballage en plus petit.

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Pour finir sur le portable recouvert d’une feuille de polystyrene et d’un papier expliquant les premiers pas pour finaliser le paramétrage de la distribution Manjaro pré installée.

portable

En soit, c’est plutôt bien protégé, le PC ne pouvait pas bouger et cette double épaisseur encaisse bien les coups.

Une fois déballé, l’appareil est d’une grande sobrioété.

portable

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Le tour du propriétaire

Parlons fiche technique de l’appareil.

Le Pinebook Pro est propulsé par un SoC RK3399 contenant un CPU ARM double coeur 1.8GHz Cortex A72 64 bits, conjointement avec un Quadricoeur ARM Cortex A53 cadencé à 1.4GHz. La partie graphique est assurée par une puce quadricore ARM MALI T-860 et tout ce petit monde se partage 4GB de mémoire vive LPDDR4 en dual channel. Côté stockage, il possède 64Go de mémoire flash eMMC 5.0.

La connectique est la suivante : WiFi 802.11AC + Bluetooth 5.0. Un port USB 3.0 et un USB 2, ainsi qu’un USB 3.0 type C capable de servir de sortie vidéo (Display Port 1.2) et de délivrer 15W 5V 3A pour une charge. Il possède un port Jack, deux microphones intégrés, et une Webcam de 2 megapixels. Enfin, un lecteur de carte microSD est également présent.

connectique

Il est proposé en deux variantes de clavier QWERTY, ISO UK et ANSI US accompagné d’un Touchpad multipoint.

Côté alimentation, il est fourni avec un chargeur secteur 100-240V fournissant 5V 3A avec un adaptateur pour prises US et EU. La batterie Lithium délivre 10 000mAH, ce qui lui donne une autonomie estimée entre 6 et 10 heures selon l’utilisation dans mes premiers tests.

L’appareil mesure 329 mm x 220 mm pour une hauteur de 12mm replié. Il pèse 1.26kg.

Le wiki de Pine64 propose une vue d’ensemble des entrailles de la machine avec les différents schémas techniques des circuits et les datasheets des composants. Il y a même des liens vers Thingiverse pour télécharger des plans d’impression 3D de pièces fragiles susceptibles de casser dans un démontage !

clavier

Contrairement à ce que la photo peut laisser penser, le clavier n’est pas rétro-éclairé. L’écran présente ici un fort reflet car j’ai pris la photo en extérieur. En intérieur, il est correct. L’écran est une dalle LCD IPS de 14" (35.56cm) de diagonale avec une résolution de 1920x1080 pour un taux de rafraichissement de 60Hz. Il est assez faiblard en contraste et une utilisation extérieure risque d’être assez pénible je pense. Le Touchpad est quelque peu perfectible et le curseur a parfois un comportement erratique.

Pine64 vend en option diverses accessoires et extensions tels qu’une station d’accueil USB, une extension de stockage, et autres.

Globalement j’ai trouvé la construction de l’appareil propre et il ne fait pas trop “cheap” malgré son petit prix. Le clavier n’est pas forcément le plus agréable au monde (et je dois m’adapter à un ANSI US !) et le touchpad a parfois du mal à comprendre ce qu’on lui demande. Mais à part ça, le boîtier du bas est relativement bien rigide, par contre l’écran est très fin et j’ai des doutes quant à sa capacité à encaisser des chocs.

Premier contact

Cette itération du Pinebook Pro est fournie avec Linux Manjaro pré-installée. Si cela ne vous convient pas, un bon nombre d’images système sont depuis supportées par la communauté.

Ne connaissant pas cette distribution, je l’ai laissée pour voir ce que ça donne.

Au démarrage, Manjaro doit finir sa config. Elle vous demande alors de définir l’agencement du clavier, renseigner un nom pour la machine, créer votre utilisateur, fournir les informations régionales (langue, fuseau horaire, etc), etc. En gros ce qui est fait lors d’une installation Linux classique.

Ceci fait, on débarque sur le bureau KDE Plasma. A titre personnel je n’ai jamais été fan de KDE… J’ai voulu installer Cinnamon mais peu de temps après l’interface graphique a redémarré. Je pense que cet environnement de bureau doit être un peu lourd pour cette machine, ou alors le pilote graphique n’a pas aimé.

demarrage

De prime abord, j’ai été assez surpris par la réactivité de l’appareil, bien que toute relative par rapport au hardware qui le fait vivre. Après, je n’ai pas non plus un fort recul d’ordinateurs Linux ARM en dehors d’un Raspberry 3… Pas très représentatif de comparer un vrai laptop avec une mini carte mère ARM qui a 1Gb de RAM ! Evidemment il ne faut pas trop lui en demander mais pour un usage type Web classique il fait le job.

Les applications mettent toujours un peu de temps à se lancer (y compris le terminal, qui est pourtant très léger), mais après l’utilisation est relativement fluide. La lecture de vidéos ne pose pas trop de soucis y compris sur des sites comme Youtube avec des exemples en FullHD 60fps. Par contre le son des hauts parleurs intégré est très médiocre, ce qui en soit est assez habituel pour des portables dans cette gamme de prix. J’ai testé un peu la webcam au travers du logiciel Cheese et l’image saccadait. J’ignore si cela est causé par le logiciel ou si le traitement de l’image est difficile, et d’ordre général je cache la webcam donc ça ne m’indispose pas.

Le Wiki de Pine64 propose pas mal de conseils et commandes pour personnaliser le software ou activer la lecture de contenus à DRM type Netflix. De mon côté, j’ai pu installer une partie de mes logiciels habituels depuis la logithèque graphique (Terminator, Nextcloud, Keepass, etc). J’ai voulu également y installer mon navigateur favori, Vivaldi, mais leur version ARM n’est packagée qu’en .deb ou .rpm, Manjaro n’est pas concernée. Je n’ai pas été plus loin pour le moment sur ce sujet.

Côté métriques, pour donner un ordre d’idée, Manjaro met à peu près 30 secondes à démarrer. Il faut une quinzaine de secondes pour avoir le bureau. Firefox démarre au bout d’une dizaine de secondes et après ça il est relativement fluide à utiliser. Il s’éteint en une vingtaine de secondes. Quelques éléments qui peuvent perturber : il faut maintenir le bouton d’allumage une petite seconde pour le démarrer. Il n’y a pas de bootscreen de la part du bootloader et l’écran de démarrage de Manjaro arrive après quelques dizaines de secondes d’écran noir. Cela peut être inquiétant la première fois, mais on s’y fait. Pine64 propose quelques possibilités dans son Wiki pour activer les messages de démarrage de Linux ou changer l’écran de démarrage pour les intéressés.

A qui s’adresse cet appareil

Bien évidemment, le Pinebook Pro s’adresse aux initiés. Le fait que tous ses schémas techniques soient publiés et que pas mal de ressources de bricolage soient à disposition le tourne vers un public de bidouilleurs et averti. Il peut servir de PC d’appoint pour surfer sur le Web avec un appareil simple, dépourvu de pièces mécaniques et qui chauffe très peu quand on n’est pas un fan de tablettes. Il est garanti 30 jours par Pine64, ce qui montre qu’il n’est pas prévu pour être votre appareil du quotidien.

D’ailleurs, Pine64 précise sur la boutique qu’ils ne font pas de profit sur ce modèle et le vendent comme support communautaire pour les passionnés de Linux et BSD. Ils découragent l’achat aux gens un peu trop pointilleux qui ouvriraient un litige Paypal parce qu’il y a 4 pixels morts à l’écran.

Le Pinebook s’adresse aussi à ceux qui ont des considérations vis à vis de l’ouverture du matériel. En effet, Linux sur un PC portable n’est pas toujours une sinécure en raison du hardware aux spécifications fermées, des pilotes codés par ingénierie inversée, ou encore des concessions à faire sur l’autonomie ou certaines fonctions (lecteur d’empreinte digitale, etc). Quelques fabricants (Dell notamment, HP aussi) commencent à avoir une gamme permanente de modèles sous Ubuntu, mais cela est souvent réservé à des PC haut de gamme ou professionnels avec un support très relatif. Il existe d’autres constructeurs moins connus qui proposent des portables sous Linux, mais rarement au format netbook comme ici ou alors à des tarifs relativement élevés.

Si je devais narrer mon expérience personnelle, je possède un portable Asus pour mon activité professionnelle. Acheté dans la gamme pro et orienté graphisme car c’était l’un des rares modèles cumulant mes critères de prédilection : légèreté (1.8kg), 16Go de RAM, bonne rubustesse globale. Et pas des masses de choix chez les différents constructeurs. Je lorgnais du côté des Dell sous Ubuntu justement, mais pas de modèle disponible à ce moment-là. Son Windows d’origine a donc été tassé pour que je puisse y installer Fedora, mais ce ne fut pas chose aisée.

Déjà, Fedora fut la seule de mes distribs habituelles qui arrivait à démarrer en live-USB. Ubuntu figeait directement à cause du duo chipset graphique + GPU Nvidia non géré par le pilote libre. Au premier reboot, le PC figeait dès l’arrivée de l’écran de login. Après pas mal de recherches j’ai trouvé l’argument à ajouter à la ligne de démarrage du Kernel (nouveau.modeset=0, si jamais 😀 ) puis une fois Grub modifié pour le prendre en compte, je pouvais enfin commencer à tester mon PC sous Fedora. Le premier démarrage m’a explosé les oreilles car les hauts parleurs sont mal gérés : le son est disponible en mode rien ou à fond (et ça je n’ai jamais su le résoudre). J’avais tenté d’installer le pilote propriétaire Nvidia pour voir si la gestion du GPU serait plus efficiente, écran noir ! Au moins je n’ai pas eu de problème de carte Wi-Fi non reconnue comme il peut arriver avec les chipsets RealTek. Malgré l’autonomie plus faible qui m’oblige à trimballer le chargeur en cas de réunionite aigüe et le fait qu’il chauffe plus que sous son Windows en raison de la solicitation permanente du GPU, il reste très exploitable et me permet d’être efficace dans mon activité. Maintenant, je crains surtout que le fait qu’il chauffe plus qu’il ne le devrait en moyenne n’impacte sa durée de vie.

Fermons cette parenthèse.

A titre personnel, je pense que ce petit Pinebook me servira de portable pour la mobilité (à l’exception de mon PC professionnel, je n’ai que des PC fixes) et lors de voyages pour pouvoir continuer de suivre mes différents centres d’intérêt d’une manière plus confortable qu’avec un smartphone. Et je n’ai jamais été friand des tablettes, l’expérience utilisateur n’étant pas ma favorite. Il peut être pratique comme compagnon de voyage pour trier des photos et les envoyer vers son cloud privé avec une expérience utilisateur plus ergonomique qu’un smartphone. Sa légèreté est un certain atout à ce niveau-là, et sa taille de 14" est un bon compromis entre l’encombrement et confort. Un petit appareil de geekage canapé en gros :)

Ce billet est essentiellement issu de premières impressions et de familiarisation. Selon l’usage que j’aurai de ce PC, je ferai surement un autre complémentaire.