Smartphone Linux : Pinephone

Après m’être procuré le Pinebook Pro de Pine64, j’ai jeté mon dévolu sur leur smartphone natif Linux, le PinePhone.

PinePhone

Comme le Pinebook, le Pinephone est un appareil fabriqué par Pine64. Il est vendu $199.99 par le site et la version que j’ai prise est préinstallée avec Linux Manjaro. Le kit inclus le dock pour le mode convergence. J’ai l’impression d’ailleurs que Pine64 a changé de méthode pour ses envois car le Pinebook était expédié depuis la Chine via DHL, entraînant des frais de port élevés et de la douane. Cette fois, le lot pour l’UE a été expédié depuis un entrepôt en Pologne évitant ainsi les frais de douane. J’en ai eu pour $259.98 sur cet achat avec les frais de port et la TVA, soit 229.78€ au taux en vigueur.

Outre Manjaro (la précédente itération du mobile proposée était avec Postmarket OS), Pine64 propose une palanquée d’OS compatibles. Enfin du choix sur du mobile !

Contenu du kit

Pinephone kit

La boîte contient donc le smartphone, un câble USB-C, un adaptateur pour carte NanoSIM (sous le scotch jaune avec le câble), le dock, et deux guides de démarrage rapide.

Caractéristiques techniques

Reprises depuis le Wiki de Pine64.

  • Dimensions : 160.5 x 76.6 x 9.2mm
  • Poids : Entre 180 et 200 grammes
  • SIM : Micro-SIM
  • Affichage :
    • Taille : 5.95" (151mm)
    • Ecran : HD IPS capacitif, 16 millions de couleurs
    • Résolution : 1440x720, ratio 18:9
  • System on Chip : Allwinner A64
  • RAM : 2GB ou 3GB LPDDR3 SDRAM
  • Stockage Interne : 16GB ou 32GB eMMC, extensible jusqu’à 2TB via microSD, supporte les cartes SDHC et SDXC
  • Capteur photo arrière : Simple 5MP, 1/4", Flash LED
  • Capteur photo avant : Simple 2MP, f/2.8, 1/5"
  • Son : Haut parleur, 3.5mm jack & mic
  • Communication: G25-G
    • LTE : B1, B2, B3, B4, B5, B7, B8, B12, B13, B18, B19, B20, B25, B26, B28, B38, B39, B40, B41
    • WCDMA : B1, B2, B4, B5, B6, B8, B19
    • GSM : 850, 900, 1800, 1900 (MHz)
    • WLAN : Wi-Fi 802.11 b/g/n, single-band, hotspot
    • Bluetooth : 4.0, A2DP
    • Géolocalisation : GPS/GLONASS/BeiDou/Galileo/QZSS, with A-GPS
  • Sensors: Accéléromètre, gyroscope, proximité, lumière ambiante, boussole
  • Interrupteurs : Modem, WiFi & Bluetooth, Microphone, Appareil photo
  • Battery: Lithium-ion, capacité évaluée 2800mAh (10.64Wh), capacité théorique 3000mAh (11.40Wh) (remplaçable par n’importe quel batterie Samsung J7)
  • Connectique : USB Type-C, USB Host, DisplayPort Alternate Mode output, 15W 5V 3A Quick Charge, follows USB PD specification

Pinephone

Pinephone

Pinephone

Pinephone

Premier démarrage

Avant toute chose, il convient de retirer la bande adhésive qui bloque la connexion de la batterie. Pour cela il suffit de retirer la coque arrière (une encoche se trouve sous le bord bas gauche, vue de dos), enlever la batterie et retirer la bande. A partir de là vous pouvez le brancher en USB pour commencer à le charger et faire son premier démarrage.

Bon, je ne sais pas si c’est moi qui avait merdé au début (je l’avais branché en USB avant de débloquer la batterie et n’avais pas vu qu’il s’était allumé…) ou le guide de démarrage rapide qui est mal rédigé, mais Manjaro est censé faire une première configuration à l’allumage. Ayant retiré la batterie sans savoir qu’il avait démarré, je ne sais pas si j’ai zappé cette étape car en le rallumant, je me suis retrouvé comme un con devant l’écran de déverrouillage avec un code PIN que j’ignorais … Le wiki indique que le code par défaut est 123456 et l’utilisateur système s’appelle manjaro. Cela m’a un peu sauvé car je m’imaginais déjà devoir le flasher.

Donc, le premier démarrage est commun à n’importe quelle distrib Linux : il vous demande de paramétrer les réglages régionaux, les services en ligne, etc. On arrive ainsi sur l’écran d’accueil de Manjaro qui ressemble ici à n’importe quel autre OS de smartphone avec la galerie de logiciels disponibles.

Prise en main du système

Pour faire court, je pense que cette distribution n’est pas (encore) très adaptée à un écran tactile et à un affichage portait. Après, rappelons que ce sont des outils expérimentaux en développement donc ne portons pas de jugements hâtifs. L’interface graphique est basée sur GNOME 3 qui est déjà bien avancée pour un usage mixte desktop/mobile même si à titre perso je préfère Cinnamon sur desktop), mais ici on a encore des cas peu exploitables avec par exemple des fenêtres trop grandes pour l’écran.

pinephone

Le paradigme de l’interface est similaire à n’importe quel autre OS mobile. La partie supérieure sert aux notifications et fait office de barre d’état pour la batterie et le réseau. Il n’y a pas (encore ?) de mouvements tactiles tels que glisser pour la développer, un simple appui dessus suffit. Pour le moment, je n’ai constaté que le slide to unlock comme mouvement purement tactile. La développer fait apparaître les raccourcis rapides habituels : bouton on/off pour Données mobile, Wi-Fi, Bluetooth, bascule du mode portait / paysage, mode silencieux pour les notifs, lampe torche, désactivation du mode Dock lorsque connecté, et enfin l’état de la batterie. On peut y régler aussi le volume, par contre la barre de luminosité est inactive. Un bouton “Power” en haut à droite permet de verrouiller, redémarrer ou éteindre le smartphone.

Pour la fermeture d’un logiciel en cours, il y a un bouton tactile en bas permettant de basculer entre les fenêtres, comme un alt+tab sur du desktop. Celui-ci permet de fermer l’application.

L’écran d’accueil est assez réactif malgré le hardware qui n’explose pas les scores. Par contre il y a quelques latences à l’utilisation d’applications, ce qui en soit est assez logique compte tenu du fait que l’OS n’est pas spécialement le plus adapté.

pinephone

Il n’y a visiblement pas de raccourcis physique comme on a sur Android avec par exemple Power + Volume Bas pour faire une capture d’écran.

batterie

batterie

firefox

L’appareil photo est encore très expérimental et n’est réellement fonctionnel que depuis peu. Actuellement il sait prendre une capture de l’image perçue par le capteur, mais les paramétrages de sensibilité, ouverture, etc, ne sont pas accessibles. L’autofocus ne fonctionne pas encore.

photo photo

Les nostalgiques de l’ère des Webcams en 240p auront sans doutes un petit pincement au coeur en voyant ces photos. 😁 Moi ça me rappelle mon premier appareil photo numérique acheté 50€ en hypermarché… Complètement inutilisable ! Sauf que là c’était un appareil fabriqué par une grande marque, et pas un logiciel libre encore en plein développement comme ici. L’appli appareil photo capture les images en RAW et les converti ensuite nativement en JPG. Le fichier RAW (.dng) est conservé, ce qui est très appréciable ! J’ai hâte de voir la progression de ce logiciel de photo qui me semble bien parti.

Mode convergence

Je rêve de ce mode depuis la campagne de financement participatif de Canonical pour leur projet Ubuntu Edge, leur smartphone convergeant qui n’a jamais vu le jour. J’avais eu l’occasion d’essayer Ubuntu Touch en physique en achetant une tablette BQ Aquaris avec l’OS préinstallé et celle-ci supportait aussi ce mode. Relier un clavier Bluetooth permettait de basculer en mode Desktop, c’était sympa. D’ailleurs c’est grâce à ce Pinephone que j’ai découvert qu’Ubuntu Touch n’était pas mort, mais repris par la communauté sous le nom de UBPorts.

Ici nous avons donc un dock permettant de connecter un port RJ45, deux USB pour clavier et souris, et un port HDMI. Le dock se connecte au port USB-C du smartphone (la prise ne tient pas très bien d’ailleurs, elle se débranche comme un rien, la broche prise est plus courte que celle du câble USB-C) et celui-ci est alimenté électriquement par une entrée USB-C. Lorsque le dock est connecté, il n’y a pas d’effet “wahoo” où le paradigme du système change… En réalité l’écran branché agit en tant qu’écran secondaire et le système est pilotable à la souris. Il y a même un côté peu pratique qui est que les fenêtres n’ont pas les boutons de contrôle usuels (mini, maxi, fermer) donc elles sont peu pratiques à manipuler à la souris. Peut être est-ce un paramétrage que je n’ai pas encore trouvé.

Autonomie

Manjaro n’est clairement pas la distrib la plus optimisée pour un smartphone je pense, la batterie descend vite à l’usage et on ressent vite la chaleur du SoC. En veille pendant une journée, l’appareil consomme environ 30% de celle-ci. Pour ma part je n’ai pas inséré de carte SIM dedans donc il n’est connecté qu’en Wi-Fi, j’ai désactivé le Bluetooth car non utilisé. En utilisation réelle (lancement de Firefox, test de différentes applis, etc), la batterie se draine assez vite ce qui n’est pas spécialement surprenant non plus compte de tenu de la forte solicitation du hardware.

Et après…

Ce billet est une découverte plus ou moins à chaud et transcrite de mon ressenti actuel face à cet appareil. Je suis content de voir que des vrais smartphones Linux (et non des OS basés sur Android) commencent à arriver avec une certaine crédibilité technique. Evidemment, comme pour le Pinebook Pro, le Pinephone est un jouet de geek destiné à un public averti qui n’a pas peur d’essuyer des plâtres et de devoir ouvrir le capot au moindre souci. Mais n’empêche, ce Pinephone est à mes yeux ce qui se rapproche le plus de la définition d’un “ordinateur de poche” comme veulent faire croire les smartphones actuels qui ne sont que des outils de consommation de contenu. C’est un produit marginal et inintéressant pour une majorité de la population, mais il a le mérite d’exister et de proposer une alternative et un regain de maîtrise par l’utilisateur de ses outils.

Les prochaines étapes seront d’essayer de le flasher avec un autre système. J’étais très curieux d’essayer PostmarketOS qui est pour le coup un vrai OS pensé mobile, donc ça fera un nouveau sujet de bricolage.

En attendant, je ne regrette pas ces deux achats auprès de Pine64. Le Pinebook est un sympathique PC portable d’appoint et le Pinephone est un POC pour développer un vrai ordinateur miniature mobile. Subir leurs limitations ou inconforts causés par leur statut d’appareils de bricolage et utilisant des fonctions expérimentales ou limité par leurs moyens de développement m’est bien plus supportable que des limitations arbitraires imposées par un seul éditeur au nom de son business-model.