Evaluation d’indépendance face aux géants du Web

On lit par-ci par-là de nombreuses listes de services ou promotions pour se “désintoxiquer de Google” tant l’hégémonie des géants du Web est présente dans notre quotidien. Il est évident que l’effet de masse est l’un des plus grands catalyseurs d’audience pour ces services. On va sur Machin parce que son entourage y est, et c’est le cercle vicieux. Et quand on veut quitter Machin pour une raison X ou Y, l’entourage ne suit pas et la crainte de l’isolement arrive alors, et donc on se désiste.

Il est parfaitement possible de se passer des géants du Web (non, je n’utiliserai pas le terme “GAFAM” que je trouve trop restrictif et mal utilisé) mais ce n’est pas aussi simple que d’y rentrer. Très clairement, l’allusion à la toxicomanie est pertinente puisque c’est facile d’y entrer mais une véritable épreuve pour en sortir.

Pour que vous compreniez mon point de vue, je m’accorderai donc sur la définition suivante de “géant du web”, à savoir une entreprise qui :

  • Propose un service en ligne affiché comme gratuit
  • Monétise ce service via l’exploitation du contenu produit par l’utilisateur (revente d’espace publicitaire, exploitation du contenu, etc)
  • Traque l’utilisateur pour faire du profilage en vu d’exploiter ces données (boutons mouchards imposés sur d’autres sites web, etc)

Etant adepte de l’auto hébergement et de l’indépendance des trafiquants de données personnelles, je vous propose une petite auto évaluation sur le sujet avec les différents services en ligne courants.

Légende

Chaque section aura un petit symbole pour indiquer à quel niveau je pense me situer :

  • ✅ : Totalement indépendant des services fournis les géants du Web
  • ❎ : Dépendance partielle à un service fourni par les géants du web
  • ❌ : Dépendant d’un des géants du web pour le domaine concerné

E-mails ✅

J’ai auto hébergé mes mails pendant quelques années … Je dirais 5 ans. A l’origine l’idée était de centraliser les adresses historiques créées au fil du temps qui étaient gérées uniquement par mon client mail dans une solution permettant d’être un peu plus connecté. Le tout a donc été monté avec les habituels Courier-imapd, Postfix, Fetchmail (pour récupérer en POP les différents comptes), et Procmail (pour trier automatiquement). Globalement tout ceci a bien fonctionné et je m’étais fait un peu d’automatisation notamment pour créer des alias à la volée.

Néanmoins, j’avais deux points légèrement irritants sur le sujet :

  • Difficulté à faire de l’envoi de mail avec mon serveur. A l’origine tout était auto hébergé sur un serveur chez moi sur ma connexion perso. Les envois de mail étaient assez difficiles car évidemment le SMTP est souvent bloqué au niveau FAI. La solution que j’avais trouvée était que mon Postfix relayait au SMTP du FAI. Mais mon Postfix n’était accessible que du réseau local.
  • Lorsque j’ai migré mon hébergement de chez moi vers un serveur dédié, il ne m’était pas possible de joindre mon SMTP via ma connexion Internet. L’IP avait sûrement dû être ajoutée en blacklist par mon opérateur.

Devant ces quelques difficultés et le fait que la gestion d’un serveur mail demande une certaine prudence pour éviter de finir en relai à spam, j’ai décidé de repartir chez un service en ligne. Ma boîte mail est donc hébergée depuis par Infomaniak qui est localisé en Suisse. Cet hébergeur fait partie de ceux cherchant à proposer une alternative à des géants tels que Gmail ou Microsoft 365 et leur respect de la vie privée n’est pas qu’un simple vœu pieu. De plus, ils ont un grand professionnalisme dans leur support avec les clients qui apportent des réponses à valeur ajoutée avec des suggestions ou propositions. A noter que ce service n’est pas gratuit, il coûte 18€/an, ce qui n’est pas cher payé compte tenu de la qualité derrière.

Services de synchronisation Cloud ✅

J’englobe dans cette partie tout ce qui est synchro de ses contacts, son agenda, mais aussi des fichiers avec un service en ligne.

Ici la réponse est simple et actée depuis des années : je dispose d’une instance personnelle Nextcloud depuis plusieurs années.

Celui-ci synchronise :

  • Fichiers (incluant donc photos, notes, documents, en gros tout)
  • Agenda
  • Contacts
  • Fichier Keepass (Nextcloud dispose d’une appli pour les lire sur l’interface Web)

Sur ce point, j’ai donc une indépendance totale vis à vis des services en ligne.

Médias sociaux diverses ❎

Sur ce point je suis plutôt simple : je n’ai jamais réellement adhéré aux médias sociaux. Je suis de la vieille école et préfère les forums à l’ancienne ou autre moyen de discussion simple qui ne soit pas pollué de “likes”, de “share”, et autres messages qui ne contiennent que des mentions et des hashtags.

J’ai récemment ouvert un compte chez Fosstodon, une instance Mastodon principalement sur le thème du logiciel libre, pour suivre les infos liés à mes divers centres d’intérêt et éventuellement partager les miens.

Evidemment, j’ai ce blog qui sert aussi de medium d’expression.

Du côté de la dépendance, il me reste deux éléments :

  • Un compte Twitter pour suivre l’actualité de différents sujets qui ne communiquent plus d’autre manière, ce que je regrette et trouve désolant.
  • Un compte Linkedin servant principalement de CV en ligne

Smartphone ❌

Sur ce point ça restera encore une forte dépendance à un gros acteur hégémonique… J’ai un smartphone Nokia sous Android, et donc il est difficile de se passer de Google.

Même si j’essaye d’utiliser le plus possible F-Droid pour installer mes applications et que je n’utilise pas les services Google liés (mail, synchro, etc), ça reste intimement lié.

J’espère toujours que des smartphones sous Linux ouverts verront le jour, j’ai récemment acquis un Pinephone sous Linux Manjaro (je ferai un billet à son sujet) mais ces appareils restent encore très expérimentaux et inadaptés à un usage quotidien.

Musique en ligne ❎

J’avais testé il y a quelques temps Airsonic qui permet de se construire un lecteur de musique en ligne basé sur une bibliothèque locale. Je l’avais interfacé avec mon Nextcloud pour qu’il récupère les fichiers qui s’y trouvent. Cependant, on atteint vite la limite de ce modèle car la bibliothèque, il faut l’alimenter. Je ne pirate pas de musique et préfère acheter ce qui me plait. Mais forcément ça limite l’ajoute de nouveaux titres.

Donc à côté, je suis utilisateur de Spotify.

Actualités ✅❎

Cette section a le cul entre deux chaises pour la simple et bonne raison que j’ai à la fois une forte autonomie dans mon suivi de l’actualité, mais que je me retrouve quand même dépendant d’un géant du Web malgré moi.

Je possède ma propre instant de Tiny Tiny RSS depuis … longtemps ! Je pense depuis que le navigateur Opera ait disparu pour renaître sur l’autel de Chromium (note : depuis je suis passé sur Vivaldi, construit par les anciens d’Opera, mais hélas toujours basé sur Chromium…). Autrefois, le client mail intégré de cette regrettée suite Internet faisait office de lecteur de flux RSS. J’avais donc à l’origine hébergé TTRSS dans une VM sur mon PC avant de finalement le mettre sur un serveur dédié.

Hélas, il reste une légère dépendance à des services en ligne malgré moi faute de flux RSS mis à disposition par certains sites d’actualité, d’où le besoin d’un compte Twtter qui m’est inutile en temps normal. Après, je serais malhonnête de dire que je ne regarde pas de temps en temps Google News.

Recherche en ligne ❎

Comme beaucoup, j’utilise Duckduckgo en remplacement de Google, mais il atteint souvent ses limites forçant à revenir sur le moteur hégémonique…

Avant de passer sur le canard, j’avais opté pour Qwant pendant quelques années, notamment parce qu’il est français et se positionnait comme un chantre du respect de la vie privée. Hélas, j’ai constaté de ma fenêtre que Qwant n’est pas en accord avec ses principes et plutôt que d’utiliser un blog qui leur est propre, ils communiquent principalement sur les médias sociaux traqueur, pisteurs, et siphons à données personnelles. De plus, leur index a visiblement été peu maintenu et des analyses ont démontré son obsolescence

Un beau projet que j’aurais apprécié soutenir avec son usage, mais une incohérence qui ne me donne pas envie de continuer avec eux.

Système d’exploitation ❎

Pas de surprise, je suis majoritairement sous Fedora. Que ce soit pour ma tour desktop de geekage, mon HTPC planqué derrière la TV, ou encore mon PC pro de travail.

Néanmoins, étant adepte du jeu vidéo sur PC, il reste encore très difficile de se passer à 100% de Microsoft Windows. Donc mon PC de jeux reste avec cet OS.

Suivi d’activité ✅

Que ce soit pour mes besoins personnels (ma todolist) ou mon suivi d’activité professionnel, j’utilise en remplacement de Trello une instance personnelle de Wekan.

Conclusion

Comme vous pouvez le voir il y a encore du chemin pour se désintoxiquer des géants du Web. Après, il y a aussi une question de volonté et d’envie. Il s’agit d’un choix qui doit se faire en toute liberté sans aucune pression, sans quoi le résultat sera contre productif. Il ne faut pas s’imposer des restrictions ou des contraintes, c’est le meilleur moyen de laisser tomber. Le but de cette petite rétrospective était donc de lister quelques alternatives simples à mettre en place (tout est relatif, etc) quand on est un passionné dans le domaine.

Après, si l’on n’est pas dans le profil technique, il reste possible d’utiliser les solutions listées ici. Par exemple il existe des hébergeurs Nextcloud associatifs ou même professionnels. Après, il reste aussi une barrière psychologique à franchir : le prix. En effet, les géants du Web sont attractifs car s’offrant contre une supposée gratuité. En réalité, ils monétisent les données que vous leur laissez et vendent votre profil (extrêmement précis à force) aux publicitaires. Certains l’acceptent, d’autres non, c’est un choix libre également.

A titre personnel j’ai fait le mien : éviter ce qui est faussement gratuit et privilégier la maîtrise sur mon usage d’Internet.