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Serie TV : Snowpiercer

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Serie TV : Snowpiercer

Snowpiercer - Le Transperceneige

Snowpiercer est une série télévisée produite par le réseau américain TNT et diffusée à l’international sur Netflix. Au premier abord, elle ne m’avait pas intéressé plus que ça. Probablement la miniature de la série qui ne m’emballait pas ou le synopsis présenté qui me donnait l’impression d’être une énième réécriture du Crime de l’Orient Express sur fond d’univers post-apocalyptique. Après tout, même Doctor Who a bien eu droit à sa version avec un train dans l’espace, digne d’une série de Leiji Matsumoto. Mais j’ai sauté le pas après de bons échos de la part de mon entourage, et il s’avère que j’ai plutôt bien apprécié celle-ci au final.

Illustration © TNT

Attention, ce billet contiendra des spoilers !

La série se passe dans un futur proche où pour lutter contre les effets d’un réchauffement climatique provoqué par les guerres et l’activité humaine, les scientifiques tentèrent de refroidir la planète mais l’expérience tourna au désastre. La Terre est désormais une boule gelée à -100° hostile à la vie, un événement connu sous le nom du Grand Gel. Pour sauver les restes de l’humanité, un industriel milliardaire du nom de Wilford a affreté un immense train long de 16km avec ses 1001 wagons dans lequel un environnement auto suffisant clôt a été élaboré. Tracté par une locomotive à mouvement perpétuel, le train embarque à son bord plusieurs milliers de passagers issus de diverses milieux sociaux, mais aussi plus d’une centaine de clandestins confinés à l’arrière du train qui ont embarqué au péril de leur vie lors du départ. Le Transperceneige effectue 2,7 révolutions autour du monde,soit 133 jours par cycle, depuis son point de départ à Chicago il y a 7 ans et ne peut s’arrêter sans quoi il finirait bloqué par le froid en quelques minutes et ses passagers condamnés.

Ce microcosme est régit par un ordre établi par Wilford et sa compagnie, et mis en oeuvre d’une main de fer. Cependant, la séparation des classes avec les riches de Première, les privilégiés de Seconde, et les ouviers de la Troisième provoque de régulières tensions quant à la forte ségrégation qui reigne à bord. Le tout accentué par les clandestins de l’Arrière (appelés les “Sans tickets”) qui ont tenté à plusieurs reprises de sortir de leur wagon cargot pour rejoindre la troisème et vivre avec un peu plus que les miettes des miettes et le mépris permanent.

Un nouvel événement viendra changer les choses au sein de cette bombe à retardement. Des corps d’ouvriers de 3ème classe démembrés et émasculés ont été retrouvés et ces crimes perturbent fortement la direction du train qui craint pour l’équilibre précaire de leur société. Pour résoudre cette affaire, ils doivent se résigner à demander l’aide de la seule personne compétente en manière d’enquête de police à bord du Transperceneige, Andre Layton, qui fait partie des clandestins de l’Arrière. Layton finira par accepter d’aider en utilisant cette possibilité d’arpenter le train pour mettre en place les fondations d’une révolution tant espérée par l’Arrière, oppressée par la Première classe qui n’a d’autre souhait que de détacher leurs wagons et s’en débarasser.

Snowpiercer est donc une série de science fiction se plaçant dans un univers dystopique post-apocalytique, avec comme thèmes la lutte des classes, l’injustice sociale, la survie et la ségrégation. Elle est basée sur un film sud corréen du même nom sorti en 2013 et s’inscrit dans le même univers sous forme d’un reboot. Tous les deux sont adaptés de la bande dessinée française Le Transperceneige publiée entre 1982 à 1983 dans le mensuel “(A Suivre)” puis éditée en album en 1984. La BD connaîtra plusieurs suites avec deux nouveaux albums entre 1999 et 2000. Je n’ai jamais vu le film, donc la série a été une découverte de l’univers.

La série gravite autour de deux personnages principaux : Layton, l’ancien inspecteur de police faisant partie des “sans tickets” et Mélanie Cavill, la directrice de la Conciergerie du train et voix de Wilford, qui vit depuis le départ coupé du monde dans sa locomotive. Soit les deux grands opposés qui vont devoir collaborer en vue de maintenir l’ordre établi. Bien évidemment, la collaboration est difficile. Layton est ancré dans son objectif de faire sortir ses compatriotes de l’Arrière et essaye de faire tout ce qu’il peut pour instiguer les graines de sa révolte. De son côté, Cavill applique avec une main de fer les directives de Wilford et se doit de résoudre toutes les problèmes du train : les caprices des Premières classe, l’intendance, les incidents diverses, mais aussi tout ce qui peut garantir la continuité du voyage du Transperceneige. La série se développe donc principalement sur la lutte des classes avec des événements qui mettent de plus en plus le feu à la poudrière dont notamment l’histoire de meutre. Si Layton parvient à l’élucider assez vite, les actions qui en découleront (tribunal, etc) envenimeront encore plus la situation car il y a également des batailles politiques. En effet, la Première classe commence à avoir des doutes quant à la bonne direction du train et surtout le fait que Wilford ne se manifeste qu’au travers de Cavill, communiquant que par messages écrits ou radio, pensant ainsi que Mélanie a une trop forte influence sur lui et sur le train. La classe ouvrière menace de faire grève, risquant de paralyser le train puisqu’elle en est la main d’oeuvre, et l’Arrière formente constamment sa révolte. D’une certaine façon, cette série rappelle beaucoup le huit-clôt survivaliste qu’était la série réimaginée de Battlestar Galactica avec les mêmes crises internes, il ne manque que les Cylons. Côté crise externe, la série aura son petit lot d’incident avec le circuit du train qui est de plus en plus pertubé par l’extérieur : avalanches, obstacles, avaries, tout est là. On apprend rapidement par ailleurs dans la série que chaque révolution est de plus en plus longue, instiguant ainsi le doute pour le spectateur quant au fait que leur “Loco éternelle” ne l’est pas tant que ça. Ce sentiment est par ailleurs confirmé par différents dialogues des ingénieurs de celle-ci qui savent que le concept du train à mouvement perpétuel est viable, mais qu’à l’usure il ne tiendra pas sans pièces de rechanges… Et celles-ci se font de plus en plus rares. Plusieurs épisodes imposeront une certaine tension sur le fait que le train doit maintenir une vitesse critique pour rester auto suffisant entre l’énergie produite par la motrice et la capacité des batteries qui permettent de subvenir aux besoins de ses occupants.

Globalement, j’ai beaucoup apprécié le personnage de Mélanie Cavill qui présente de nombreuses facettes. De prime abord, elle semble être la représentante de Wilford et intendante du train, mais très rapidement la série montre qu’elle est l’un des ingénieurs qui ont conçu le Transperceneige et que Wilford est un mythe. Le spectateur le comprend très vite par ailleurs, la foi envers ce personnage invisible met rapidement la puce à l’oreille, il s’agit en effet d’une quasi religion parmi les occupants (au point que les personnages font un signe en W de la même manière que le signe de croix chrétienne et parlent de sa “Sainte Loco”). Mélanie entretient donc ce mythe et joue la double casquette avec ses collègues dans la Motrice qui sont les seuls au courant du pot aux roses (ainsi qu’un autre personnage de Seconde). Il s’avère que Layton le découvrira en menant son enquête sur le meutre des Troisièmes et que Mélanie l’enfermera dans un tiroir pour éviter que cela ne s’ébruite. Les tiroirs sont officiellement les prisons du train. Il s’agit de caissons de stase dans lesquels le sujet est endormi et son métabolisme ralenti par un cocktail médicamenteux. Plus officieusement, ce dispositif est expérimental dans l’espoir de préserver les sujets en cas de catastrophe… Mais les séquelles de ceux qui en sont sortis sont très lourdes : désorientation, très forte dépendance à la drogue utilisée dedans, perte de facultés cognitives, etc. Layton est quant à lui un personnage qui m’a un peu moins intéressé car beaucoup trop tranché. Certes cohérent avec le fait que l’Arrière a vécu 7 ans dans le noir de leur wagon cargot et a nourri une forte rancoeur contre la société du Transperceneige, mais parfois j’ai trouvé les choix et orientations dictés par un scénario qui ne rend pas forcément honneur à l’intelligence du personnage. Du côté des personnages secondaires, ceux-ci sont assez clichés et au final leur évolution est très convenue. Nous avons par exemple Till, la jeune agent de sécurité qui accompagne Layton dans son enquête, en couple avec une femme de Seconde (Till étant de Troisième), et rapidement tiraillée par la ségrégation sociale du Train (notamment parce qu’elle la vie en partie). Son collègue Oz est une brute sur fond de raté social qui se défoule sur les passagers de l’Arrière quant il le peut et deale de la drogue avec l’Arrière pour assoir sa domination sur eux. Leur chef est le cliché du bon soldat droit dans ses bottes et ferme sur ses principes, mais qui sait embrasser le bon camp au bon moment grâce à un pragmatisme à toute épreuve. Quant aux personnages de Première, c’est un album photo de riches trous du culs qui estiment avoir tout le mérite du monde, bien que quelques voix dissonantes s’élèvent dans le lot.

C’est niveau narration que j’ai particulièrement bien apprécié la série car les épisodes ont su distiller progressivement les déclencheurs des événements et l’ouverture des pots aux roses ont été globalement bien maitrisées. J’ai cependant un gros regret quant à la surréaction de celui concernant Wilford, trouvant le comportement de certains personnages surfait. Probablement dicté par un scénario qui met en avant la foi quasi religieuse dans le personnage et son oeuvre et qui a donc provoqué une réaction au blasphème. Visuellement, la série se défend bien avec des décors très contrastés (par contre peu variés, toujours les mêmes utilisés) entre les différents wagons et leur attribution (agriculture, aquarium, première luxueuse, etc). Le gros contraste vient avec la Motrice qui est extrêmement high-tech dans son cockpit, là où tout le reste du train possède un côté diesel punk dans ses coulisses. Un bémol sur les CGI des scènes extérieures qui sont de piètre qualité et dignes d’un téléfilm du début des années 2000 et à l’intégration très vilaine lorsqu’il y a des personnages devant. Probablement l’un des effets de son développement chaotique, la série ayant mis 3 ans à être produite à cause de nombreux désaccords entre les producteurs et les diffuseurs. La première saison a été tournée entre 2017 et 2018 et la photographie de la seconde a commencé en 2019. Cependant, le tournage a été interrompu en mars 2020 en raison de la pandémie du COVID-19.

Je retiens donc de cette première saison de Snowpiercer une série prometteuse avec un potentiel intéressant car elle se base sur un univers qui a été pas mal développé. Intigué par celui-ci, j’ai décidé de me procurer les bandes dessinées après avoir terminé la première saison. Ce sera l’occasion de faire un prochain billet pour en parler et évoquer la qualité de l’adaptation.