Si je remonte à la nuit des temps de mon expérience d’Internet, j’ai commencé sous Microsoft Windows 98 et ai donc vécu la période Internet Explorer (aujourd’hui racontée autour d’un feu de camp comme histoire d’épouvante). Par la suite, j’ai basculé sous Windows XP et son fameux Internet Explorer 6. Je pense que c’est vers 2001 que j’ai commencé à en avoir marre de ce navigateur lent et qui plantait constamment et ai commencé à chercher autre chose.

C’était la période où évidemment partout sur les forums un peu techniques on parlait de Mozilla Firefox. Et je dois avouer ne jamais avoir adhéré à ce navigateur, encore aujourd’hui. Il me manquait toujours quelque chose, à compenser par une extension, et ça me déplaisait comme modèle. J’ai donc essayé d’autres navigateurs jusqu’à tomber sur Opera, édité par la société norvégienne du même nom. Pour certains, Opera Software sera resté en mémoire comme étant à l’origine de la plainte portant sur l’abus de position dominante de Microsoft en 2007 devant la Commission Européenne qui amena l’écran de sélection de navigateurs dans Microsoft Windows.

Un peu d’histoire

Opera avait un modèle économique assez différent, le logiciel était propriétaire et proposait deux installations possibles : sous forme d'Adware, distribué gratuitement contre un bandeau publicitaire affiché à l’écran, et shareware avec un achat de licence. Ce qui m’avait séduit à l’époque est que ce navigateur était vraiment très rapide pour afficher les pages (j’étais en 56k, ça comptait !) et qu’il était très personnalisable en permettant de modifier l’apparence à volonté. Il intégrait énormément de fonctionnalités si bien qu’il était qualifié de “Suite Internet” plutôt que de “Navigateur Web”. En effet, il possédait en intégré un client Mail, faisant aussi office de lecteur RSS, mais aussi un client Bittorrent, IRC, etc.

Cependant, en 2013, après une dizaine d’années de vie commune ce fut le drame. Opera Software annonça arrêter le développement de son moteur de rendu maison, Presto, au profit d’une version basée sur Chromium et le moteur de rendu Blink. Ce qui fut la rupture en ce qui me concerne, c’est la réécriture de zéro qui a abandonné toutes les fonctionnalités natives que j’aimais et qui nécessitaient une palanquée d’add-ons chez Firefox. La Version 12 d’Opera n’était quasi plus maintenue en dehors de quelques correctifs de sécurité jusqu’à sa dernière version mineure en 2016. De mon côté, je n’ai pas adhéré à la version 14 et après, mais le support des sites devenant de plus en plus difficile, je l’utilisais en moyen de secours.

C’est en janvier 2015 que Vivaldi émergea, né des cendres d’Opera V12. L’entreprise a été fondée par Tatsuki Tomita et Jon Stephenson von Tetzchner, ce dernier étant le co-fondateur et ancien Directeur Général d’Opera Software. Dans un premier temps, Vivaldi était une communauté visant à remplacer My Opera, la communauté qui existait autour de l’ancien navigateur fermée par l’entreprise en 2014. Puis en janvier 2015, la première Technical Preview de Vivaldi fut publiée, elle aussi basée sur Chromium et le moteur Blink, mais à l’interface fortement modifiée. En novembre 2015, il passa en Bêta jusqu’en avril 2016 où la première version stable estampée 1.0 fut sortie. L’objectif de Vivaldi était de reprendre ce qui faisait la singularité d’Opera en apportant beaucoup de fonctionnalités et de personnalisation, ce dont Opera fut amputé lors du passage à Chromium.

“Everything’s an option”

Pour ma part, j’avais commencé à utiliser les snapshots de dev en parallèle à mon vieillissant Opera V12. Constatant la stabilité générale des versions, j’ai fini par basculer en navigateur principal malgré le risque de perte de profil en raison des modifications parfois cassantes entre deux sorties. Lorsque la première release fut publiée, j’ai alors basculé dessus en important ce qui était dans l’ancien Opera. D’un côté, je déplorais quand même le fait de recourir à un navigateur basé sur Chromium, la position hégémonique du moteur de rendu Blink étant un problème à mes yeux. De l’autre, j’ai vécu une dizaine d’années avec le moteur Presto qui était ignoré ou considéré comme “obsolète” par les acteurs du web de l’époque (coucou Google) malgré ses performantes et bons résultats aux différents tests de compatibilité. D’une certaine façon, c’est de la consolidation habituelle de marché et désormais, c’est Firefox qui se fait marginaliser face à Blink/WebKit au fut de leur écrasante domination.

A noter que Vivaldi reste un logiciel en partie open source avec des éléments propriétaires. Les sources modifiées de Chromium sont disponibles sur leur site, et l’interface étant écrite en langage Web le code est accessible. Par contre, les bibliothèques qu’ils ont créé pour leur interface restent propriétaires. Forcément, ce point fait souvent débat, mais l’entreprise a expliqué son point de vue sur le sujet.

Les fonctions de Vivaldi que j’apprécie

En premier lieu, le recours à peu d’extensions pour pouvoir le personnaliser. Historiquement, Opera pré-Blink n’avait quasiment pas besoin d’extensions bien qu’ils avaient ajouté la possibilité d’en installer lors de la version 12. Quand je voyais la liste vertigineuse d’extensions que les utilisateurs Firefox partageaient sur des forums pour retrouver la même chose, je me disais que ce n’était pas pour moi. J’ai tendance à préférer avoir le maximum de fonctionnalités natives et d’éviter de devoir dépendre de développements tiers.

Cependant, Vivaldi n’intègre pas forcément la totalité des fonctions qu’Opera V12 possédait. Le recours à des extensions est donc nécessaire pour le compléter et tout retrouver. Vivaldi étant basé sur Chromium, les add-ons du Chrome Web Store sont donc généralement compatibles.

A l’époque, Opera avait un bloqueur de contenu intégré permettant d’éviter le recours à un AdBlock ou équivalent. Bien que Vivaldi intègre depuis peu un bloqueur de tracking et publicités, j’ai gardé uBlock Origin en extension installée. Je ne sais pas ce que vaut le bloqueur intégré, pas encore testé. A côté de ça, j’utilise aussi Dark Reader pour basculer les sites en thème sombre. Pour une raison que j’ignore, Vivaldi sait bien le faire nativement sur Android, mais ils n’ont pas activé ceci sur Desktop. J’utilise également Cookie-AutoDelete pour supprimer les cookies des sites sur lesquels ça ne m’intéresse pas de les conserver. Opera V12 avait une fonctionnalité sympa où l’on pouvait demander d’autoriser un site à déposer des cookies ou non. Les derniers add-ons que j’ai sur Vivaldi sont un bloqueur de démarrage automatique de vidéos car c’est une plaie, et le connecteur KeepassXC pour la gestion des mots de passe des sites. Je n’utilise plus le gestionnaire de mots de passe intégré.

Du côté des fonctions natives, la première chose que j’aime est évidemment la personnalisation de l’interface. Depuis que nous avons en majorité des écrans larges 16/9 ou équivalent, je n’ai jamais compris pourquoi il fallait toujours avoir la barre d’onglets en haut, quitte à rogner dans la fenêtre du navigateur. Surtout quand on voit qu’une bonne partie du Web est toujours présentée en format portait, impliquant un énorme espace inutilisé !

Personnellement, je positionne ma barre d’onglets à gauche et Vivaldi permet de le faire nativement (il le demande même lors du premier setup). Il propose également différents thèmes préinstallés pour changer sa palette de couleurs si le rouge criard proposé par défaut déplaît.

settings La section paramétrages est très fournie

Les onglets peuvent être épinglés pour permettre d’éviter de les fermer accidentellement mais aussi les charger automatiquement au lancement. Les autres onglets seront mis en hibernation par défaut (je pense que tous les navigateurs le font maintenant) et à l’usage, il est possible d’endormir un onglet non utilisé si on est comme moi et qu’on aime cumuler. Dans le cas où la RAM viendrait à manquer (les navigateurs basés Chromium étant très consommateurs), Vivaldi peut mettre un onglet inutilisé en hibernation automatiquement, ce qui a pour effet de stopper le process associé. Il est possible de créer des piles et des groupes d’onglets pour les arranger par thématique comme on veut, de sélectionner plusieurs onglets pour faire des actions dessus, etc. Il est également possible de diviser l’affichage pour avoir le contenu de plusieurs onglets sur le même écran. Je vous renvoie vers le site de Vivaldi qui présente toutes les possibilités relatives aux onglets.

Toujours sur la gestion de ceux-ci, j’adore l’icône “Poubelle” qui était déjà présente sur l’ancien Opera. Si vous cliquez sur cette poubelle, vous retrouverez une longue liste d’onglets précédemment fermés. Pas besoin d’aller fouiller dans l’historique ou autre, et en plus ça le rouvre dans la fenêtre où il se trouvait !

poubelle

Un outil de traduction intégré des pages web est aussi présent, basé sur la solution de Lingvanex, affichant le résultat en direct sur la page. Je m’en sers assez peu à vrai dire.

traductions C’est loin d’être parfait comme résultat, cf “serveur” remplacé par “waiter” alors qu’on parle d’un serveur informatique…

A l’inverse, une autre fonctionnalité que j’utilise pas mal, c’est la personnalisation des moteurs de recherche. Vivaldi permet de créer des entrées dans la liste des moteurs de recherche et d’y attribuer un mot clé. De souvenir, Firefox permet aussi d’ajouter des moteurs de recherche mais seulement via extensions.

recherche

Quelques cas d’usage : j’ai assigné le mot clé “dico” pour la recherche d’un mot dans le dictionnaire Larousse. Si je tape dico test dans la barre d’adresse, je serai redirigé sur la définition. Pareil avec le mot clé “conjuguer” que j’ai rajouté, il permet de renvoyer immédiatement sur la conjugaison d’un verbe.

Pour ajouter un moteur de recherche, il suffit de mettre l’URL de celui-ci avec la variable %s dans le champ correspondant au texte recherché. Exemple avec le dictionnaire : https://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/%s. Forcément, ça demande un peu d’analyse de comportement du site web correspondant. Le champ “Suggest URL” permet d’ajouter l’URL API du site pour retourner des suggestions de mots clés si celui-ci en propose.

Enfin, le petit truc que j’avais adoré sur Opera et que je me retrouve toujours bête à faire sur n’importe quel autre logiciel ne le supportant pas : les gestes à la souris. Vivaldi les a repris et permet de piloter une bonne partie du navigateur grâce à la souris uniquement. Pour ma part, le raccourcis que j’utilise le plus est “click droit + gauche” rapide et inversement : ils permettent de faire “précédent” et “suivant” directement.

mouse gesture

Il est également possible de créer les siens, mais je n’ai pas été jusque là.

Je pense avoir fait le tour d’une bonne partie des fonctionnalités que j’utilise au quotidien. Je reconnais qu’il y en a beaucoup que je n’ai pas encore essayé parce que je n’en ai pas forcément vu mon intérêt personnel ou par flemme.

Quelques réflexions sur le sujet

Outre le retour d’un navigateur proposant une palanquée d’options allant donc à contre-courant total de la mode actuelle visant à supprimer tout ce qui dépasse, Vivaldi est aussi très engagé dans la question de la vie privée. Ainsi, ils mettent en avant le fait qu’il n’y a pas de tracker intégré dans Vivaldi. Leur politique de vie privée est plutôt claire et détaille les cas où ils ont recours aux API de Google (notamment pour l’option SafeBrowsings). Un billet de leur blog explique même comment décoder l’activité réseau du navigateur. Bien qu’ils ne traquent pas, Vivaldi collecte tout de même quelques informations de télémétrie une fois par jour. contenant l’IP anonymisée (le dernier octet est supprimé), la version du navigateur, l’architecture du CPU, la résolution d’écran et l’heure du dernier relevé.

Le modèle économique de Vivaldi est principalement basé sur le partenariat avec des éditeurs de sites Web pour être présents dans le Speed Dial par défaut et en tant que moteur de recherche par défaut (c’est Microsoft Bing qui est actuellement proposé). Effectuer une recherche vers l’un des moteurs préinstallés via le navigateur permet de le financer. Tout comme la liste de sites pré-enregistrée contient des identifiants affilé permettant à Vivaldi d’obtenir un revenu. A noter que la liste par défaut est personnalisée au pays, dans le cas d’une installation française on y retrouvera des sites de la grande distribution et presse française.

Enfin, toujours sur le terrain de la vie privée, Vivaldi a fait partie des premiers à communiquer sur la suppression des éléments relatifs au système FLoC de Google dans Chromium. Ce qui amène au prochain point que je souhaite aborder : l’hégémonie de Chrome.

Ce n’est un secret pour personne, Google Chrome est devenu le navigateur majoritaire grâce à l’importante publicité que Google a faite sur ses propres services, aux installations conjointes avec d’autres logiciels qui le met par défaut, mais aussi à d’autres pratiques qui feraient pâlir d’envie le Microsoft des années 2000.

En effet, la version 2.10 de Vivaldi est venue avec un changement en apparence anodin mais très impactant : ils ont abandonné l’idée d’avoir leur propre user-agent et gardent désormais celui de Google Chrome. La raison est simple : Google sabote ses propres services en ligne quand le navigateur n’est pas Chrome et Vivaldi est donc contraint de se déguiser. Une vidéo de démonstration (lien Youtube) avait été mise en ligne pour expliquer l’ampleur du problème, accompagnée d’un billet de blog. Quand Vivaldi présentait son propre user-agent, le moteur de recherche de Google apparaissait “buggé” (je l’ai moi-même constaté). Google Docs affichait des messages disant que le navigateur est obsolète ou non supporté. Et ils n’étaient pas les seuls : WhatsApp ou encore Netflix ne reconnaissaient pas Vivaldi comme compatible.

A cause de cette mascarade, Vivaldi est invisible dans les statistiques d’utilisation du Web. Le User-agent de Vivaldi reste présenté à certains sites ne posant pas problème comme DuckDuckGo et leur propre site.

Dernier point de réflexion déjà rapidement abordé, mais on va le répéter : Vivaldi n’est pas un logiciel libre. Il est majoritairement open-source et écrit en partie en langage Web, mais tout ce qui fait l’interface utilisateur est privé. Cela peut soulever une question vis à vis de leur adhérence avec Google, étant donné qu’ils partagent la même base technique que Chrome. Ils l’ont expliqué dans un billet de blog : Vivaldi supprime beaucoup de choses de Chromium.

Le service Sync repose sur leurs propres serveurs et outils (personnellement, je ne m’en sers pas) et ne peuvent pas communiquer avec ceux de Chrome, le protocole a été rendu incompatible selon eux. Ils rappellent également que leur modèle économique ne repose pas sur le tracking et la revente de données utilisateurs. De ce fait, ils ne supervisent pas l’utilisation du navigateur et ont détaillé leur méthode pour comptabiliser leurs utilisateurs.

Pour revenir au sujet de l’open source versus libre, Vivaldi a beau être un logiciel propriétaire basé sur une couche open source, il est quand même développé en partie avec sa communauté. C’était la façon dont travaillait l’équipe de développement d’Opera avec My Opera, et c’est celle qu’ils utilisent encore aujourd’hui avec les forums de la communauté de Vivaldi. Et d’une manière globale, l’éditeur met un fort accent sur la transparence de leur développement et fonctionnalités.

Conclusion

J’espère que ce tour d’horizon du navigateur Vivaldi aura su expliquer pourquoi je l’apprécie et ce que j’attends d’un navigateur Web. A titre personnel, je fais partie de ceux qui déplorent le fait qu’il ne soit pas entièrement proposé sous forme de logiciel libre, mais leur position dessus est claire et argumentée et je la respecte. Je n’ai pas abordé les autres services qu’ils proposent car préférant rester focalisé sur le navigateur en lui-même. Tout comme je ne l’ai pas abordé, mais depuis peu les autres outils Internet hérités d’Opera reviennent en version Beta. Vivaldi intègre de nouveau un Calendrier, Client e-mail et lecteur de fils RSS activables à la demande.